L’édito d’Erwan Quinio · Sur la politique européenne d’immigration, tout reste à inventer

L’édito d’Erwan Quinio ·  Sur la politique européenne d’immigration, tout reste à inventer

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio · Sur la politique européenne d’immigration, tout reste à inventer

L’édito d’Erwan Quinio · Sur la politique européenne d’immigration, tout reste à inventer

Les européens ne sont pas racistes. Et ce matin, après plusieurs semaines de Une sur le sujet des migrations humaines, il me semble important de le rappeler haut et fort. Certes, il y a des racistes en Europe bien sûr. L’extrême droite a une histoire particulière sur notre continent. Elle a ses résurgences. La dernière foucade du ministre de l’Intérieur italien voulant recenser les Roms de son pays rappelle d’ailleurs les heures les plus sombres de notre civilisation mais il serait faux de dire que les européens, en général et en majorité seraient tentés par le racisme.  Les européens cherchent des réponses. Ils sont inquiets sur eux-mêmes. Ils s’interrogent sur leurs valeurs. Ils peuvent parfois succomber à la tentation du bouc-émissaire. La corruption et les inégalités territoriales ont fait plus de mal à nos voisins italiens que l’accueil des migrants qui d’ailleurs sont régulièrement sur-exploités dans des conditions économiques intolérables par la pègre italienne. Mais prenons l’exemple de ce pays, l’Italie. Entre 2013 et 2014, la marine italienne a secouru 150 000 personnes rappelait la chroniqueuse Natacha Polony la semaine dernière. Qui a fait mieux en Méditerranée ? Personne. Le souci, c’est que les passeurs en profitent. C’est perturbant de le dire, mais c’est un fait. Dire qu’il existe une solution simple est donc mensonger. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons besoin de réfléchir tous ensemble, collectivement.

 

La rencontre au sommet entre la France et l’Allemagne d’hier permet-elle d’y voir plus clair ?

 

Ils étaient effectivement en conciliabule. Le Président Emmanuel Macron, et la Chancelière Angela Merkel se retrouvaient au conseil franco-allemand. Et rarement, la chancelière fût mise autant sous pression. Mais elle refuse le chantage exercé lamentablement par la CSU, son allié bavarois. Car que souhaitent ces derniers : renvoyer en Italie ou en Grèce, les demandeurs d’asile arrivés en Allemagne. Disons-le concrètement, ce que propose la droite extrême comme l’extrême droite, c’est la fin de l’Europe. Un chacun pour soi égoïste et pitoyable. L’Italie et la Grèce sont déjà face à un enjeu migratoire considérable. Si même l’Allemagne en rajoute alors nous nous en sortirons pas. Notre voisin germanique, comme la France du reste, a les moyens de traiter ces demandes d’asile. Il peut choisir d’en intégrer un certain nombre et de renvoyer dignement, celles et ceux qui ne remplissent pas les critères.

Mais vous voyez bien, tout ceci montre que nous avons urgemment besoin de réponses nouvelles.

 

Hier, les deux dirigeants ont proposé de renforcer les frontières de Schengen, mais aussi d’harmoniser le droit d’asile.

 

Renforcer les moyens de Schengen, cela paraît assez simple. D’abord les moyens de Frontex sont assez dérisoires malgré des hausses régulières d’effectifs. Nous sommes-là sur des aspects budgétaires. Puisque tous savent que l’immigration est un phénomène durable, les dirigeants européens n’ont qu’à assumer leur responsabilité en la matière. L’harmonisation du droit d’asile sera en revanche une autre paire de manches. Les critères du droit d’asile sont un sujet éminemment politique.

Il va donc falloir se mettre d’accord sur ce que sont ou pas les dangers de ce monde. Serons-nous tous d’accord ? Espérons-le. Etre féministe en Iran, homosexuel en Tchétchénie, lanceur d’alerte en Russie en 2018, c’est être en danger de mort. Et l’Europe doit être et rester une terre de refuge, une terre d’asile. C’est une fierté pour tous que de l’être.

Par ailleurs, la question de l’immigration ne peut être traitée en vase clos. Il va falloir questionner notre modèle d’intégration. Les nouveaux arrivants acceptent-ils les valeurs essentielles inscrites noir sur blanc dans la Charte européenne des droits fondamentaux et nos constitutions respectives ? La liberté de religion, celle de croire ou de ne pas croire, et de changer d’avis, la démocratie, et le respect de l’Etat de droit. Les européens attendent des réponses concrètes. Et ce n’est pas du racisme à ce niveau, il me semble.

L’Europe doit aider financièrement les territoires, les régions et les villes qui accueillent volontairement ces naufragés de la vie. Tout reste à caler en la matière.

Enfin, pourquoi ne pas réfléchir à un service civique universel européen qui concernerait les jeunes européens aussi bien que tous les nouveaux venus. Une nouvelle solidarité pourrait voir le jour. Des œuvres collectives, d’intérêt général pourraient naître. Car, c’est nous, c’est eux, et nous ensemble qui sont l’Europe de demain.

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